Un 14 juillet pas comme les autres

Monument aux morts - 14 juillet 2015 - Jouy-sur-Morin

Nous sommes mardi, il est 10h30 devant la mairie. Le cortége se prépare à prendre le chemin du monument aux morts de Jouy sur Morin.

Depuis un bon quart d’heure les citoyens jouyssiens s’amassent petit à petit en se saluant puis se regroupent par affinités. C’est l’occasion de revoir des personnes perdues de vue depuis quelques temps. Les occasions de rassembler les jouyssiens ne sont plus très nombreuses.

En cette période préélectorale, le climat politique local est tendu. Les listes se forment et les affinités d’hier ne sont pas nécessairement celles d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs l’explosion de la majorité locale qui nous place dans une telle situation. Depuis plusieurs mois les habitants de Jouy-sur-Morin sont pris en otage par leurs élus. La majorité de 17 conseillers sur 19 sièges qui a gagné les élections d’il y a un peu plus d’un an en reconduisant l’ancien Maire dans ses fonctions, a explosé. Pourtant, ce mandat était prévu pour être la continuité logique du précédent. C’est en connaissance de cause que des jouyssiens ont suivi notre Maire sortant et ont profité de sa notoriété pour être quasiment certains d’être autour de la table des élus.

C’est donc avec étonnement que nous avons appris, après un an de mandat qu’une partie de notre majorité a souhaité faire partir Monsieur le Maire en refusant de voter son propre budget. Ces mutins de la majorité ont placé la commune à la limite de la mise sous tutelle préfectorale. Pour ne pas en arriver à une telle extrémité, le budget a fini par être voté, puis c’est la démission de 11 élus de la majorité qui plonge aujourd’hui notre village dans le chaos.

Depuis, Monsieur le Maire ne convoque plus de conseil municipal arguant que celui-ci ne peut plus travailler et ainsi rejetant la responsabilité de la situation sur les démissionnaires. Hors des élus n’ont pas démissionné, tant dans la majorité que dans l’opposition, et rien ne justifie l’immobilisme que nous subissons depuis plusieurs mois.

Nous voici pris en otage par un gouvernement local qui n’a pas su garder une aura suffisante pour gérer notre commune et des rebelles qui tentent un coup d’état.

Monument aux morts - 14 juillet 2015 - Jouy-sur-Morin

Il est 11H devant le monument aux morts. Un musicien de Jouy, fidèle des commémorations, entame une marseillaise à la trompette, il fait beau et le lâcher de pigeons est superbe. Nous pourrions croire que tout va bien, pourtant pendant la minute de silence, je remarque un fait étrange. Aucun des élus démissionnaires n’est présent. Dans mon esprit sans doute trop idéaliste, ces commémorations sont des moments de respiration de notre démocratie. Devant notre histoire et pour rendre hommage aux personnes qui ont œuvré pour notre liberté, il ne doit plus y avoir de rivalité. Pourtant, c’est bien d’un boycott qu’il s’agit. Tout ce petit monde va bientôt se retrouver dans des élections qui sont prévues à la mi-septembre. En attendant, les deux camps nés de cette explosion municipale, se font des blagues de maternelles. Entre les deux, il y a nous, les jouyssiens, qui leur avions fait confiance au point de leur donner 17 sièges sur les 19 que comporte notre conseil municipal. Qu’en ont-il fait ? Ils avaient tout pour réussir, des comptes propres et une place de choix dans notre communauté de communes dans laquelle nous sommes la plus importante en nombre d’habitants. Mais non, ils ont préféré se mutiner et plonger encore plus notre village dans l’immobilisme et la discorde. Tous ces gens ont-ils encore du respect pour les jouyssiens ? Depuis quinze ans que j’habite ici, j’entends dire qu’à Jouy c’est différent d’ailleurs. Qu’il y a toujours eu des affaires autour des élections et que les décisions sont toujours difficiles. Pourtant rien n’est inéluctable. Si nous voulons faire progresser notre commune, lui donner la place qu’elle mérite et la faire basculer dans le 21èmesiècle en respectant ce que sont les jouyssiens et ce qu’ils aiment de leur village, il faut changer. Arrêter de subir et prendre en main notre avenir. Nous ne pouvons plus garder des élus qui préfèrent se taquiner sur notre dos. Jouy-sur-Morin mérite mieux.

Il est 12H, le petit pot citoyen vient de se terminer, cela a été l’occasion d’échanger un peu avec tout le monde. Le sujet des élections a été mis entre parenthèses. Ce n’était ni le moment, ni l’endroit de faire campagne. Pourtant cette année ce n’était pas vraiment la fête nationale à Jouy-sur-Morin. Pas d’union pour célébrer notre nation, alors que ce sentiment est particulièrement nécessaire en ce moment. Pas de lampions, pas de bal, pas de feu d’artifice, pas de rondelle… Chacun se rejetant la responsabilité de ce déplorable état de fait.

Une conclusion s’impose, les personnes que nous, jouyssiens, avons élu il y a un peu plus d’un an pour faire vivre notre beau village ont passé plus de temps a se défier et se regarder le nombril qu’à défendre les intérêts de la population de Jouy. Cette commémoration du 14 juillet 2015 est et sera la seule « animation communale » de cet été. Elle a été pour moi un zoom mis sur la situation de notre commune, une mise en évidence des symptômes de sa maladie.

J’espère que nous saurons tous tirer enseignement de cette crise et qu’au mois de septembre, nous serons « tous jouyssiens ».

M.B.